Le PDS, à l’épreuve de me Wade

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La présidentielle de février 2019 est partie pour présenter le paradoxe de voir deux partis majeurs de l’échiquier politique national, présents à toutes les élections à la magistrature suprême depuis 1978, se retrouver sans… candidat en lice

La présidentielle de février 2019 est partie pour présenter le paradoxe de voir deux partis majeurs de l’échiquier politique national, présents à toutes les élections à la magistrature suprême depuis 1978, se retrouver sans… candidat en lice. Si du côté du Ps, il est acté que pour la consultation électorale de février prochain, Ousmane Tanor Dieng ne briguera pas le suffrage des Sénégalais, après son « djébélou» à Macky Sall, le Pds court lui le risque de saborder toute quelconque participation au scrutin présidentiel, à l’absence d’un plan B à la candidature de Karim Wade pourtant «disqualifiée» par l’article L 31 du Code électoral.

Question à mille balles : Me Wade n’est-il en pas en train de devenir la chape de plomb du parti libéral qu’il a porté sur les fonts baptismaux, couvé dans l’opposition, amené au pouvoir pendant douze années avant une autre traversée du désert qu’il refuse pourtant d’encadrer sans la dictée d’un fils biologique qui ne doit son leadership au sein du Pds que par le bon vouloir de son père ?

Le Pds est à la croisée des chemins, à moins de cinq mois de la présidentielle de 2019. Une lapalissade certes, pour une formation politique ayant connu plus de 26 années de vie tumultueuse dans l’opposition, mais une réalité qui prend davantage d’épaisseur en fonction du nouveau contexte et des enjeux politiques qui sont ceux de cette année électorale. Après douze années de pouvoir, le parti libéral de Me Abdoulaye Wade battu à la présidentielle de 2012 repart à la conquête du fauteuil présidentiel sans son porte-flambeau historique, le Pape du Sopi qui a choisi cette fois de mettre en avant son…fils Karim Wade.

Lequel avait été d’ailleurs désigné candidat du Pds à la présidentielle en  mars 2015, à deux jours du verdict du procès intenté contre sa personne par la Crei (Cour de répression de l’enrichissement illicite) et qui allait le condamner à 06 ans de prison.

Karim Wade désigné alors candidat du Pds, la question de son éligibilité se posait déjà.  Mais pour son père, l’ancien président Abdoulaye Wade, cette stratégie répondait d’abord à un objectif : démontrer à l’opinion que son fils était un prisonnier politique, condamné au terme d’un procès politique. A l’époque, les responsables du Pds affirmaient d’ailleurs, sous l’ordonnance de leur mentor, que Karim Wade avait le meilleur profil, qu’il n’y avait pas et qu’il n’y aurait pas de plan B à sa candidature.

Plus de deux années après cette condamnation et une grâce présidentielle qui fut suivie ipso facto d’un exil au Qatar, Karim Wade persiste et signe, sous la dictée de Me Wade, et en compagnie des derniers pontes du Pds après la grande saignée d’après 2012 (Pape Diop, Abdoulaye Baldé, Aminata Tall, Aida Mbodj, Moustapha Guirassy, Habib Sy, Modou Diagne Fada dans une moindre mesure…), à se proclamer candidat à la présidentielle. Malgré moult péripéties qui devraient pousser à infléchir les positions pour l’alternative.

Condamné à six ans de prison pour enrichissement illicite, Karim Wade a vu sa candidature rejetée en juillet dernier par la Direction générale des élections qui dit avoir appliqué l’article L 31 du Code électoral, lequel interdit l’inscription sur la liste électorale à toute personne condamnée à une peine de cinq ans de prison ou plus. Criant à la « manipulation » et à l’abus de pouvoir, le Pds s’était dépêché de saisir les juridictions compétentes.  La Cour suprême, elle-même, confirmera par suite l`invalidation de l`inscription de Karim Wade sur les listes électorales en vue de la présidentielle de 2019, pourtant préalable indispensable à sa candidature.

« On nous a déclaré la guerre, nous allons mobiliser le peuple », déclarera Oumar Sarr, le numéro 2 du Pds déterminé à trouver une réponse politique à la disqualification de l’ancien « ministre du Ciel et de la terre » qui restait contre vents et marées son candidat pour février 2019. A contrario, le parti de Me Wade qui accusera  le système judiciaire d’être le bras armé du pouvoir pour exclure des candidats à la prochaine présidentielle se dira prêt à empêcher l’organisation de toute élection présidentielle au Sénégal, si Karim Wade était forclos.

La deuxième force politique du Sénégal, menacée d’exclusion

Pourtant, au sein de la deuxième force politique du Sénégal, des voix bien imprégnées de la catastrophe qui guette le Pds s’autorisent progressivement à briser l’omerta pour réclamer un plan B à Me Wade. C’est dans ce cas que s’inscrit toute la péripétie autour du différend Abdoulaye Wade-Madické Niang. Selon les dernières informations,  le président du groupe parlementaire libéral et son mentor seraient actuellement en train de se rabibocher à Doha ou du moins à arrondir les angles, relativement à cette candidature de Karim Wade à la présidentielle.

Une candidature qui est partie pour être invalidée par le Conseil constitutionnel, en l’état actuel du droit dit sur la question de l’inscription de Karim Wade sur les listes électorales, et donc de son éligibilité à la présidentielle.

Me Wade poussera-t-il encore plus loin le bouchon, en l’état actuel des choses, au point de tronquer la candidature du Pds pour février 2019 ? Le sociologue Aly Khoudia Diaw semble avoir bien pris la mesure de la problématique. Aussi relevait-il hier seulement dans une tribune largement partagée par les médias ces constats.

«Candidat de son père Abdoulaye Wade et non du Pds comme les militants libéraux tentent de nous le faire croire, il (Karim Wade-ndlr) est là uniquement à cause du bon vouloir de son père. Ceux qui sont d’accord peuvent accepter et rester, ceux qui ne sont pas d’accord peuvent partir. Mais sa candidature est une position politique dont l’objectif est de maintenir la mobilisation et la flamme, c’est une candidature par défaut.

Il n’a pas de passé politique au Pds et s’est toujours comporté comme un prince héritier. Sa faiblesse réside dans le fait qu’il n’a aucune méritocratie en politique, ne prend jamais ses responsabilités. La principale faiblesse du Pds, c’est bien lui et il ne faudrait donc pas s’étonner que des militants demandent de désigner un autre candidat. C’est un gâchis pour le Pds qui pourtant est la deuxième force politique au Sénégal si l’on s’en tient aux dernières statistiques ».

Un plan B d’actualité

Aujourd’hui, rien n’a véritablement changé. En dépit de l’échec du pourvoi devant la Cour suprême et malgré les perspectives sombres qui accompagnent la question de l’éligibilité de Karim Wade, Me Wade persiste à faire de son fils le candidat du parti libéral à la présidentielle. Question de fond : le «Pape du Sopi» va-t-il s’enferrer dans ses convictions et refuser d’envisager un plan B pour son parti ? La realpolitik imposerait assurément une alternative à Me Wade.

En fin de compte, si le candidat Karim ne parvient pas à se présenter, le Pds aurait plusieurs options, selon des voix autorisées : présenter un autre candidat qui portera les couleurs du parti, appeler à voter pour une autre personnalité de l’opposition ou bien choisir la confrontation pour « saboter »  l’élection présidentielle ou enfin appeler au boycott.

La première option renvoie à la requête de Me Madické Niang et cie. Seulement, le « Pape du Sopi », en froid calculateur, a su déceler le danger d’une candidature interne au Pds. Si, par l’entremise d’un plan B, un ponte du Pds sort en fait vainqueur de la prochaine présidentielle, la première mesure qu’il prendrait sera sans coup férir de s’emparer du parti et  de réduire à zéro l’emprise de Wade, aujourd’hui presque nonagénaire. Ce qui mettrait un terme aux ambitions politiques du fils biologique Karim Wade. Toute chose que Me Wade qui ne pense, réfléchit et agit que pour le compte de son ancien « ministre du ciel et de la terre», n’est pas prêt d’accepter.

Celui qu’on a accusé tout au long de son règne (2000-2012) de velléité de dévolution dynastique ou monarchique de son pouvoir, c’est selon, n’a pas changé d’un iota. La gestion du Pds, depuis la perte du pouvoir en 2012, est là pour attester. Fluctuat nec mergitur, la constante ou actionnaire majoritaire du Pds a flétri, mais elle ne rompt pas.

Conclusion : quoique Me Madické Niang ait le parfait profil du candidat du Pds à la présidentielle, il faudra un Me Wade très ouvert et en totale rupture avec ses convictions affichées depuis 2012, pour envisager qu’il le coache pour février 2019 en mettant en hibernation la candidature de Karim Wade. Mais cela, c’est une autre paire de manches que même les suffragants libéraux, soucieux du seul devenir de leur parti, entrevoient difficilement.

2019 n’étant guère loin, l’on saura bientôt si le Pds parviendra à sublimer l’épreuve …Me Wade.

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